Challenge me.


Je n’aurais jamais cru que les personnes avec qui je vivrais le plus d’incompréhensions seraient les autres adoptés.



Depuis mon arrivée, j’ai rencontré des adoptés et des kyopos, des coréens de deuxième génération, qui viennent des Etats-Unis, France, Belgique, Australie et Suisse. A la base, on devrait un peu être un clan, des personnes qui se retrouvent et qui se comprennent. Toutefois, on a chacun notre histoire et je réalise que la mienne est plus qu’unique, tellement elle est presque trop parfaite. Tellement parfaite que je remets tout en question.

Tout ce qui a toujours été normal, inoffensif ou même drôle, prend soudainement un air complètement différent.



Vous savez, en arrivant en Corée, j’avais envie d’étudier profondément les principes d’identités culturelles et de communications interpersonnelles et les effets de déracinement chez les adoptés . Ça me passionnait ce sujet. Mais maintenant, ça m’effraie. Je n’ai peut-être pas assez de recul pour avoir une vision claire, mais chaque fois que je rencontre un adopté, bien que les lèvres me brûlent de vouloir lui poser des questions, je reste muette, car bien des fois, j’ai peur que leur haine salisse ma naïveté. Ici, l’adoption est un sujet tabou. Pour les Coréens, c'est difficile d'assumer d'avoir mis en vente des milliers de leurs enfants depuis la Guerre de Corée et c'est probablement encore plus gênant de constater que leur pays maintenant industrialisé et avec une bonne économie envoie encore ses enfants à l’étranger. Pour plusieurs, on parle de marché, le marché des adoptés. Car effectivement, c'est payant de recevoir de l'argent pour des enfants alors qu'on n'aura pas à devoir payer pour des eux dans les orphelinats ou les maisons d'acceuil... Vous saisissez? Le phénomène a été si important, mais on continue à le garder sous silence. Bien sur, les mentalités changent, d'ailleurs, il y a un reality show qui présente des enfants adoptés à la recherche de leurs parents biologiques. Un genre de Claire Lamarche pour adoptés quoi. C’est bizarre tout ça. Quand les gens regardent ce show, ils ressentent de la pitié. C’est pareil lorsque je dis que je suis adoptée, on me dit, avec les yeux fixés au sol et un léger sourire forcé, d’un long souffle, « I’m sorry ». Ça m’insulte je pense. Parce que moi, je ne suis pas sorry du tout. C'est ma vie, c'est tout. Mais bon, je ne peux pas me permettre de laisser ce sentiment m’envahir car je sais que ceux qui sont désolés ne le sont que pour des bonnes intentions, ce n'est pas pour mal faire. Faut mettre de l’eau dans son vin quand même.


Racisme

Oui, des Coréens frustrés contre les blancs qui viennent « voler leurs filles », des Coréennes qui feraient tout pour sortir avec un blanc, des adoptés frustrés contre les Coréens, des adoptés frustrés contre les blancs, des adoptés frustrés contre un peu tout le monde quoi.

Ça serait facile de les juger, mais on ne connaît pas leur histoire. Je pensais faire partie de la normale, être une histoire commune, mais je me rends compte que je suis une des chanceuses qui vit bien avec son adoption et qui n’a pas envie de blâmer la terre entière pour cette situation.

Je suis tellement en paix avec mon histoire que je suis ébranlée de découvrir ces adoptés rageux. Ça remet un peu tout en question ce que je ressens et ce que je pense. Je ne sais plus vraiment où me situer, j’ai l’impression d’être jugée, peu importe de quel côté de la balance je vais me trouver.

C’est mêlant d’avoir un physique coréen qui reflète l’Occident, de penser comme une blanche mais d’essayer de trouver les points communs avec la Corée, d’être entourée de Coréens qui ne rêvent que de l’Amérique et d’adoptés qui emmerdent tout ce qui provient des blancs.

Ça vous choque que j’écrive les « blancs » ? Ben moi aussi ça me choque. Ça me fait chier même. Pardonnez-moi, je perds mes manières, mais cette haine, car oui, c’est de la haine, envers ces « blancs », eh bien ça me fait chier. Parce qu’un côté de moi l’est, blanc. J'ai grandi dans un environnement de blancs, avec des blancs; c'est un peu normal qu'une partie de moi soit blanche! Alors ça me fait chier que la première question qu’on me demande quand je parle d’un gars qui m’attire soit : « Is he white ? » ou bien qu'on évite des bars ou qu'n change de restaurants parce qu'on trouve qu’il y a trop de « blancs ».

Bref, le racisme, ça me dégoûte. Les incompréhensions, les malentendus, les différences de cultures, je comprends, c’est normal, et c’est ce qui fait la beauté de notre monde, non ? Mais le racisme, cette catégorisation non négociable, ça me lève le cœur.

Sans juger ou généraliser, on ne peut nier le fait qu’en Corée, il y a beaucoup de soldats américains ou d’étrangers qui arrivent au pays du matin calme sans aucune idée des manières de faire, des signes de politesse ou de la culture coréenne. Ces foreigners sont peu appréciés, mais ce n’est pas une surprise car il y en a des idiots, comme un peu partout dans le monde.


Catégorisez-moi.

Mais j’ai la vache impression que c’est la première fois que je me sens si catégorisée. Je suis une coréenne adoptée, point. C’est comme si je n’avais pas la chance de solliciter les différents côtés de moi. Bien que les adoptés (ah, ça aussi ça m’énerve de dire, les adoptés. Moi dans ma tête, j’ai ÉTÉ adoptée, maintenant, je me considère beaucoup plus riche et complexe que le simple terme « adoptée ») . Je disais donc, bien que les adoptés ne m’empêchent pas de me tenir avec des blancs, je sens toujours un jugement, un mépris, presque un affront.

C’est fou, j’avais dans l’espoir de rencontrer des adoptés qui ont vécu une histoire similaire à la mienne et qui comprendraient ces sentiments uniques que nous seuls les adoptés peuvent ressentir.
Mais je me suis trompée sur toute la ligne, je me retrouve avec encore plus d’incertitudes, d’incompréhensions, de challenges émotionnels et de pressions sociales.

Faudrait pas croire que tous les adoptés sont comme ça. J’imagine que j’ai juste mal tombé et j’ai rencontré ce groupe de frustrés à mon arrivée. Oui, je suis traumatisée. Vous le savez, je suis une personne positive et je cherche à m’entourer de gens qui m’inspireront.

Je garde espoir, je rencontre de plus en plus de gens plus sympathiques les uns que les autres. Il doit bien y avoir une lumière au bout du tunnel.

Oh, pardonnez-moi pour ce message un peu direct. J’ai un peu de mal à gérer adéquatement toutes ces émotions, j’ai vraiment l’impression d’être incomprise et c’est frustrant ce sentiment. J’ai encore du mal à mettre des mots sur tout ce qui se passe dans ma tête. Souvent, j’essaie de ne pas y penser, mais le déni, c’est pas très efficace à long terme. Alors il faut que ça sorte en quelque part. Et avec vous, j’ai le sentiment que je peux m’exprimer, librement, sans être jugée ou méprisée.

Merci, je vais me coucher avec 20 kilos de riz de moins sur les épaules. Ça fait du bien, vraiment.



Random pics

comments

To see more of those, check out http://manuellealix.spaces.msn.com/








Thumb up at the Olympic Park / How cute she is!! / Traditional Korean Dance



Des larves de papillon grillées. Croustillant, juteux, salé... Courage!



Mud at the beach / Wishes on a tile / Hey I look almost slim on that pic!


Qui suis-je?

C'est avec plaisir que je vous invite à traverser le continent, survoler l'océan et vivre en terre asiatique. Je vous amène avec moi en Corée du Sud, mon pays d'origine. Vivez cette expérience unique qui me remplie de doutes et d'inquiétudes. Mais soyez aussi témoins de ces papillons dans mon ventre qui me donnent aussi des ailes fragiles mais si puissantes pour affronter des milliers, des millions de petits chinois qui se ressemblent, qui me ressemblent. Enfin, je retourne où je suis née. Finalement, je retrouve mes origines...

Derniers messages

Archives

Liens